DISPERSION

Vacanze rencontre Dispersion alors que le CAPC leur donne carte blanche du 9 février au 30 juin 2012. Revenons ensemble sur quelques uns de leurs récents projets.

Dispersion voit le jour à Bordeaux il y a deux ans. Tout d’abord réunis au nom de pratiques communes en musique, Dispersion grandit et se fédère autour des arts visuels, de l’architecture, de la magie, de la philosophie ou encore de l’histoire de l’art. Le groupe d’artistes ne se définit pas comme un collectif mais plutôt comme une somme d’individualités désireuse de s’affirmer au travers d’un « nous » vidé de conventions hiérarchiques. Il s’agit alors pour les artistes de se rapprocher de l’idée d’un groupe mouvant, d’une entité psychique, de plusieurs individus unis dans un but commun. Dispersion convoque dans ses productions des thématiques variées, allant du mort-vivant à l’état de conscience altérée. Alchimiste de la rencontre et de l’amour, le groupe questionne l’événement et le lieu, sans jamais perdre de vue l’humain. Seul en son genre, il parvient à proposer avec simplicité et exigence des expériences uniques et véritables.

Le prisme est la signature du groupe d’artistes et Vacanze tente pour ses lecteurs d’en provoquer la dispersion chromatique et esthétique. S’ils se définissent eux-mêmes comme un groupe aux pratiques indéfinies, leur œuvre ne peut être aussi bien appréhendée qu’au travers des rencontres hypnotiques et sincères qu’elle dessine.

Free Party

C’est une vidéo qui a de prime abord attiré notre attention. Celle du clip Living-Dead du groupe Strange Hands. Le groupe d’artistes réalise ici un clip réussi, héritier des free parties et de leurs caractères autonomes, éphémères et libertaires.

Dispersion confronte sa fascination pour l’iconographie et la transe collective aux spectres de l’art contemporain. Le groupe interroge le rapport de l’homme à son environnement au travers d’expériences qui se refusent à être des simulacres. En effet, si l’expérience est possible, Dispersion veut la faire exister. Autour de la free party cohabitent des concepts et des interrogations chers aux artistes comme celle de la jouissance individuelle et collective, de l’engagement physique et de la dualité entre attraction et répulsion. Le groupe tient la promesse d’un projet généreux et accompli.

Dans un cadre officiel, lors de La nuit des savoirs partagés pour la biennale Evento, Dispersion propose un projet qui pourrait s’apparenter à une équation : PRISMESLIDERSHERMES+APHRODITECLUBSANDWICH.

Il s’agit alors d’inviter les bordelais à communier dans la ville. Dispersion les réunit dans quatre lieux populaires, habituellement fermés et invisibles, investis d’une dimension spectaculaire pour l’occasion. A chacun de ces lieux correspond un symbole de l’équation précédemment citée : une enseigne lumineuse de club sandwich, un costume porté d’homme sandwich, un prisme géant avec laser, un vortex et un char surmonté d’un escargot de 3 mètres de haut.

Dispersion signe une iconographie ciselée autour des thématiques de la rencontre, de l’entre-deux, du clubbing et de la spectacularisation des formes populaires. Le travail des artistes ressemble à un engagement pris vis à vis du public, comme la promesse du merveilleux dans l’expérience collective.

Laissant libre court aux diverses interprétations, Dispersion conclut La nuit des savoirs partagés en invitant les bordelais à poursuivre la fête rive droite. Tel le joueur de flûte de Hamelin, un escargot géant les guide alors vers une nouvelle expérience collective, vers un lieux inconnu. Dispersion observera se jouer sous son œil bienveillant l’expression des rapports sociaux et la poésie inhérentes aux manifestations spontanées et festives.

La free party est un projet ambigu qui interroge en négatif l’aspect réalisable ou non d’un tel événement, le groupe positionnant alors son travail entre champ et hors-champ. Le travail de Dispersion fait écho à la citation de Maurice Richoux, « nous habitons ou nous parcourons les lieux moins qu’ils nous habitent et nous traversent. »

Si Dispersion fascine Vacanze, c’est tant par la sincérité, la qualité et la maturité de son travail que de par cette obsession pour l’expérience commune et pour l’engagement physique du public.

Survivance

Le CAPC et le MAMCS (musée d’art contemporain et moderne de Strasbourg) sondent respectivement au travers de deux expositions, en ce début d’année 2012, l’irrésistible attrait des artistes pour les mécanismes du secret, des sociétés occultes et de l’ésotérisme. C’est dans ce contexte que Dispersion investit le musée d’art contemporain de Bordeaux pendant quatre mois. Le groupe d’artistes partage avec Alexis Vaillant un vif intérêt pour les représentations et les émanations des états modifiés de conscience. Le projet proposera entre autre, tables rondes et événements ouverts au public du musée. Ces rencontres seront l’occasion d’étudier ensemble les possibilités d’une transe individuelle au sein du groupe et d’envisager les questions de conscience altérée, de conscience modifiée.

Après avoir réalisé le calendrier de son projet à l’aide de l’astrologie, Dispersion fait acte de superstition et en appelle au concept de survivance selon Aby Warburg. C’est alors au prisme d’une approche définitivement multiple et polysémique que le groupe compte appréhender les textes, les images et les objets de leur projet. Le concept de Warburg introduit un rapport paradoxal à l’image, celui d’une connaissance par le montage, celui d’une approche de la culture par un inconscient du temps. Plus simplement dit, la compréhension d’une image dépasserait le classement dogmatique temporel du passé et du présent, de l’ancien et du nouveau. Il s’agit donc d’interroger les images au travers de leurs résonnances émotives, philosophiques et biologiques. La survivance introduit entre les images un rapport au pathos hérité de leurs mémoires et de leurs refoulements. Les images prennent alors sens, elles se laissent appréhender par la rencontre de temps hétérogènes qui prennent corps ensemble.

Dans l’ensemble de son œuvre, Dispersion s’approprie l’idée de survivance et nous invite à nous interroger ensemble sur les possibles d’une transe vécue individuellement. Question de société non dénuée de sens politique, le vivre-ensemble est abordé. Nous sommes tous amenés à repenser notre rapport à l’autre et aux objets qui nous entourent, à imaginer de nouvelles hiérarchies, de nouvelles relations empiriques au monde.

Invitant à l’ouverture sur des réalités et au partage de sensations, Dispersion transcende l’esthétique relationnelle et réfracte le portrait d’une société en trompe l’œil.  Au travers de projets foisonnants et expansifs, nous sommes conviés à trouver les outils et à penser les méthodes qui redéfinissent notre rapport aux lieux et à notre altérité.

Article de Florent Jumel & Visuels par Dispersion.

http://www.dispersioncollective.com/

Un commentaire pour DISPERSION

  1. Auriac dit :

    Voilà un article très intéressant et qui donne envie d’aller faire un tour au CAPC.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s